2008

le soleil de septembre!

Equilibre et Pureté

« Il est aussi noble de tendre à l’équilibre qu’à la perfection; car c’est une perfection que de garder l’équilibre.»
Jean Grenier

L’apothéose peut-elle, ou doit-elle naître du chaos? La pureté de ce millésime dont la genèse fut difficile, n’en est que plus belle aujourd’hui.

«Vignerons, nous pouvons être fiers de vous! il vous suffira de dire: j’étais à la bataille du millésime 2008 pour que l’on vous réponde: Voilà un brave!»*
Du courage, de la foi, il nous en a en effet fallu en 2008. De cette difficulté initiale, de ce chaos sont nés des vins à la pureté et à l’équilibre éclatant! …

Tout avait pourtant si bien commencé. Sitôt les vendanges terminées, à l’automne, nous avions déjà réalisé la totalité des travaux du sol et l’ensemble des trous à la tarière en vue de la complantation de nos petits plants. L’hiver fut de la même veine, du même tonneau! Tout juste futil coupé par un épisode glacial à la mi-décembre (le thermomètre de la cour descend alors à – 8°C). Globalement les températures furent supérieures de 2°C par rapport à la normale. Ce ciel étonnamment lumineux nous permet un avancement rapide de notre travail.
Fort heureusement, car cette avance initiale est vite comblée. Les mois qui suivent ne sont pas des plus encourageants. Mars s’affiche frais, humide et chaotique.
Le vent des Rameaux.
Christine Trapet en fine observatrice, nous fait remarquer que ce vent des rameaux, nettement orienté à l’Ouest, ne présage rien de bon pour la suite du millésime. Tiens, les vignes sont toutes blanches ce matin du Lundi de Pâques. Au mois d’Avril, il tombe des cordes et il nous faut, à la plus grande joie des vignerons, rester dans les caves.
Le joli moi de Mai! Sur le plan des températures certainement, puisque les records depuis 1989 sont battus, mais les orages sont alors nombreux. Notre travail est un peu perturbé, la reprise des sols se cale sur les fenêtres météo peu nombreuses, les préparats biodynamiques dispensateurs de bienfaits sont passés à dos et en bottes… l’ébourgeonnage quant à lui se fait par des vigneronnes expertes et équipées de capelines imperméables!…
Dans ces conditions, la floraison ne s’enclenche timidement qu’à partir du 1er juin. Cette étape discrète, (la vigne se retient pour ses fruits), signe je pense, la véritable empreinte du millésime.
Une floraison difficile est en effet garante de petits raisins millerands, au rapport jus/pellicule très structurant. Mais cette floraison lente, qui durera près de 3 semaines, aura également, des incidences non négligeables sur la véraison puis la récolte. Comme nous le verrons plus tard, au sein de la même grappe le niveau de maturité est très irrégulier.
Et toujours ce vent d’Ouest!
Et si l’adage du vent des rameaux se vérifiait? Les mois de juin, juillet et août, nous apportent en effet, de nombreuse pluies. Ces averses plus ou moins intenses activent les menaces de nos ennemis naturels, mildiou, oïdium, puis botrytis à partir du 15 août!
Cette adversité nous renforce, les vignerons redoublent de vigilance, cette bataille nous la gagnerons! les cadences des traitements sont resserrées, nous passons toutes les semaines de petites doses de cuivre supplémentées de tisanes de prêle et d’ortie, nous intensifions également les «silice»…
Après la pluie le beau temps, c’est en tout cas ce que nous souhaitons tous ardemment car la résistance de nos raisins commence à faillir, les peaux assez fines sont de nouveau misent à rude épreuve par les pluies importantes durant la deuxième semaine de septembre. Le botrytis trouve là ses conditions de développement optimales… Allons-nous connaître un millésime 1968 ou 1977? Les eaux de la Bérézina semblent proches, mais un «véritable miracle bourguignon» s’opère et nous sauve!
Le miracle bourguignon!
La pluie cesse de tomber le samedi 13 septembre et l’espoir renaît.
Ce vent du Nord froid et vif qui accompagne ces journées très ensoleillées, accélère à la fois la photosynthèse et la concentration en arômes, en tanins, en sucres et en acidité. Cette météo, aussi inespérée que salvatrice, a également un effet très bénéfique sur le botrytis. Les raisins dans ces conditions idéales, évoluent rapidement vers des niveaux de concentration inattendus.
Le temps au temps!
Patiemment, nous laissons nos petits raisins se fortifier, profiter de cette géniale lumière de septembre. Notre récolte commence le vendredi 26 septembre par la parcelle de Petite Jouise.
L’équipe de trieurs rapidement aguerrie, sacrifie sur nos deux niveaux de tables de tri, tous les raisins qui ne correspondent pas à notre niveau d’exigence. De fait, 25 à 35 % de la récolte est éliminée, il ne reste alors en cuve, délicatement déposés, que de délicieuses petites grappes, ces raisins constituent l’âme du millésime 2008, ciselés, fins, purs et transparents.
Les vinifications peuvent enfin être abordées avec plus de calme et de sérénité que le millésime ne nous l’avait accordé jusqu’alors. Le départ en fermentation est lent et régulier, l’extraction se fait dans la douceur, les vins qui se dessinent sont purs, minéraux et tendus. Après la cuvaison qui dure près de trois semaines, mon père s’interroge, ce millésime n’est-il point trop sévère? S’il est vrai qu’au moment du décuvage ces vins semblaient un peu austères, la «malo» qui elle aussi sera lente, les aura modelé et transfiguré. Ces vins en bouteilles possèdent cette fraîcheur de fruit et un équilibre communicatif et pénétrant!
Aujourd’hui, nous en sommes sûrs: du chaos est bien né la pureté!

La pureté et la simplicité sont les deux ailes avec lesquelles l’homme s’envole au-dessus de la terre et de toute nature éphémère.

Thomas A’Kempis mystique allemand (1379-1471)

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