2018: En équilibre!

2018

trapet tasting

Un millésime hors norme.
Si l’on définit l’équilibre comme une combinaison de forces qui créent un état de stabilité, alors oui ce millésime 2018 est assurément « en équilibre ».
Il est unique et restera inscrit dans les annales vigneronnes comme messager d’harmonie tant les forces initiales qui œuvrèrent pour créer cet état furent contrastées et extrêmes.

Encore une année précoce…Il me revient en mémoire les récits de mon grand-père Louis qui évoquait l’année 1893 où son grand-père, un autre Louis, avait commencé ses vendanges à Chambolle-Musigny le 25 août, et récolté ses Gevrey premiers crus En Ergot le 27. Plus récemment, j’ai vécu 2003, année incroyablement solaire où nous avions subi avec résignation les dards douloureux de l’astre de lumière… 
Mais, et nous reviendrons sur les causes plus tard, l’étude comparée des deux millésimes, nous montre à postériori et verre en main, que 2018 est infiniment plus équilibré. Les vins qui en sont nés, nous montrent d’ores et déjà de façon éclatante, tout le génie de la Bourgogne : permanence des lieux et immuabilité des saisons vigneronnes… 
Aujourd’hui, nous allons vous conter l’histoire épique de ce généreux millésime. Souvenons-nous, les conditions de la fin des vendanges 2017 sont idylliques : Le ciel lumineux qui nous irradie alors nous ouvre à un univers infini. Ce ciel d’une rare beauté ne nous incite cependant guère à l’introspection nécessaire du temps de la cuverie… Aussi, fort opportunément à partir de novembre, les nuages arrivent et nous apportent des arrosages conséquents, nous sommes heureux d’œuvrer dans le silence protecteur de notre cave…
Ces pluies continues vont durer jusqu’à la fin du mois de mars. Il pleut alors quasiment un jour sur deux et les cumuls deviennent très importants. Durant cet hiver, nous allons recevoir plus de 500 mm d’eau, ce qui représente un excédent de plus 140 mm par rapport à la normale.
Cette pluviométrie dessine les premiers contours de ce millésime hors norme : les réserves hydriques si salutaires en été seront ab initio très conséquentes. Revers de la médaille, nos travaux de taille sont en permanence perturbés par l’humidité ambiante. À la toute fin du mois de mars, les sécateurs sont enfin remisés et l’équipe des vignerons s’active au tirage et à la sortie des sarments1. 
A partir de ce moment, nous devons penser à « reprendre » les sols. Un griffage complémenté par un « préparat » de 500P permettrait de débuter sereinement la campagne, mais les terres sont gorgées d’eau. Il nous faudra attendre la mi-avril pour réaliser ces travaux sur des sols enfin ressuyés. Les cavaliers zélés retiennent les fers de leur charrue avec impatience…
Quel démarrage : de la chaleur et de l’eau ! Les conditions incroyablement propices au développement de nos vignes volubiles nous imposent un rythme soutenu. Aussi, enflammés par notre hardiesse et armés de notre don d’ubiquité, nous sommes tout à la fois prompts à l’ébourgeonnage, habiles aux accolages et véloces au labour… 
La précocité s’accélère : A la fin du mois d’avril, nous notons déjà plus d’une semaine d’avance par rapport à 2003 jusque-là référence absolue en matière de précocité. 
Les premières fleurs à l’arôme si subtil se font sentir dès le 20 mai. Stimulée par une luminosité vive et irradiante, la floraison fulgurante se termine en Chapelle le 1er juin. A titre de comparaison, ce stade n’avait été atteint que fin juin en 2016… 
La Bourgogne ne ressemble cependant pas à cette Arcadie rêvée:Le mildiou, vieil ennemi du vigneron guette. Perfide, il se tient prêt à contrarier les espoirs les plus fous que nous plaçons dans ce millésime en devenir… Les pluies fréquentes raréfient les possibilités de travail du sol et rendent l’application des traitements très aléatoire. A la fin du mois de mai 130 mm d’eau submergent Gevrey …

Le mildiou est alors difficile à contenir. Sortirons-nous vainqueurs de ce combat inégal ? La ténacité et l’expertise de chacun permettent de contenir tant bien que mal la morsure du champignon perfide. Les dégâts seront limités mais présents, de nombreuses petites portions d’inflorescences et de grappes sont sacrifiées.  L’ennemi est un très bon professeur : comme nous le remarquerons postérieurement, la nature dans son infinie sagesse compensa la fertilité originelle du 2018. Le mildiou tant redouté initia un éclaircissage naturel, il favorisa la concentration naturelle de ce millésime hors norme…
Début juin : ça s’améliore! Les conditions anticycloniques s’installent enfin durablement et la bise du nord pénétrante chasse les derniers nuages. A partir de ce moment et jusqu’aux vendanges, nous allons connaitre une succession d’épisodes de fortes chaleurs. Ces températures certes importantes sont cependant sans commune mesure avec celles que nous avions connues en 2003, année où nous avions vu les raisins flétrir au mois de juillet provoquant parfois des arômes confiturés… 
La différence avec le 2003 est là encore tout à fait remarquable. 
L’exception d’autrefois devient aujourd’hui la règle2: 
L’inquiétude grandissante est à la hauteur de la sécheresse qui s’installe : Ce manque d’eau ne risque-t-il pas d’affaiblir nos plantes ? de réduire substantiellement notre récolte ? d’altérer l’expression de nos lieux ? Il nous faut agir : nous abandonnons l’idée d’effeuiller et des soins d’un infinie douceur sont donnés : tisanes, décoction de camomille apaisante, « préparats » biodynamiques bouse de corne… rien ne nous semble trop beau pour accompagner nos vignes…
La nature n’est que rythme et mouvements, pensons-nous alors. Il va pleuvoir ! se hasarde même à songer les vignerons les plus optimistes de mon équipe. 
Mi-juillet, notre supplique est entendue et quelques orages viennent enfin arroser Gevrey. Nos vignes soutenues par la double impulsion des soins prodigués et des pluies salvatrices abordent ce début d’été en pleine forme.

Ce millésime nous séduit !Le 25 août, Jean est heureux d’accompagner ses petits-fils Pierre et Louis pour un tour du vignoble : les vignes sont magnifiques ! Il semble même assez surpris et nous raconte son millésime 1976 où de nombreuses vignes s’étaient «bloquées». En 2018, nous constatons que la tenue des raisins est étonnante, la photosynthèse se maintient et la sève, lien invisible reliant la terre nourricière et le raisin, circule… 
Dans ces conditions, la maturité avance vite, nous goûtons : quels délicieux fruits en Chapelle ! quelle complexité naissante en Latricières ! quelle puissance en Chambertin !
Le millésime se précise mais il nous faut être encore patients, l’expression aromatique des pellicules noires et épaisses ne nous semble pas encore optimale.
Mardi 4 septembre : veille des vendanges. Un peu partout sur la Côte, le cliquetis des sécateurs fait écho au rire des vendangeurs. Il fait beau.Honneur aux Gevrey ! Notre joyeuse équipe se met en ordre de marche, nous commencerons par la toute petite parcelle du clos de l’Arche. 
En cuverie, le bourdonnement s’amplifie. Nos trieurs, contemplatifs, ne peuvent que constater le génie de cette année somptueuse ! Qu’ils sont beaux et bons ces petits pinots, les peaux sont épaisses, les pépins sont mûrs et les rafles bien lignifiées. L’état sanitaire est proche de la perfection et comme nous l’avions constaté quelques jours plus tôt, seules quelques petites baies desséchées devront être éliminées. Ce tableau presque idyllique ne doit pas nous faire oublier que le temps presse…. La maturité s’accroit à un rythme qui nous était jusqu’alors inconnu.  En l’espace de seulement cinq jours la progression des sucres est spectaculaire : plus de 25 grammes ! Le ban et l’arrière-ban est convoqué pour terminer les vendanges au plus vite… Enfin, le bouquet de fleurs annonçant la paulée est cueilli le mercredi 12 septembre.
En cuverie, la sérénité règne.Les cuves laissent échapper une belle corolle d’écume de teinte garance, ça sent bon. Cette effusion est le signe tangible et palpable d’un millésime généreux. L’extraction, lente et régulière est soutenue par une fermentation très progressive. Cette cinétique fermentaire particulière est spécifique à la vinification en « grappes entières ». Le sucre contenu dans les petites baies préservées du foulage ne se délivre en effet que très graduellement jusqu’à la fin de la cuvaison conférant aux vins une structure fine et racée.
Aujourd’hui, ces vins en bouteilles, nous enchantent par leur naturel et leur équilibre rare.Ils sont porteurs du lien qui nous unit à notre lieu et nous invitent, dans leur grande générosité, au partage, à l’échange et à l’harmonie.
“Qu’est-ce que le vin ? C’est un corps vivant où se tiennent en équilibre les «esprits» les plus divers, les esprits volants et les esprits pondérés, conjonction d’un ciel et d’un terroir.”Gaston Bachelard (1884-1962)

1 nous décidons de ne plus brûler nos sarments mais de les valoriser dans une chaudière spécialement conçue pour rendre notre table d’hôte autonome en énergie. 2 Impuissants, nous constatons que le climat bourguignon évolue, il se transforme pour devenir à la fois plus continental en été et parfois plus tropical à la veille des vendanges au moment où nous aurions besoin de sérénité…

Content

Contactez nous

Tel:03 80 34 30 40
Fax: 03 80 51 86 34
Email: message@trapet.fr

53 Route de Beaune
21220 Gevrey-Chambertin

Mentions légales | Réalisation : Rouge Cerise