2016

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Vidées!

2016 : Janus bifrons!

Millésime des extrêmes, 2016 restera longtemps gravé dans la mémoire vigneronne.
Tel un Janus bifrons, commandant les portes, soufflant le froid et le chaud, les vins issus de ce millésime sont le reflet du temps de leur longue gestation.Quelle année éprouvante! Mais quels vins stupéfiants et savoureux!Nos nerfs furent en effet, mis à rude épreuve et la Bourgogne en raison des gelées et du mildiou parfois très cruel, a peu produit en 2016. Mais ce rare millésime démontre une fois encore que la compétence de tous et la fierté du bel ouvrage permettent aux vignes d’exprimer le meilleur d’elles-mêmes!Naissance du vinA peine le temps de se remettre de l’émerveillement du flamboyant millésime 2015, qu’il nous faut reprendrenos quartiers d’hiver. Aidés par un hiver incroyablement doux, la taille avance à un rythme rapide. Cesconditions cependant nous inquiètent et ne présagent rien de bon..:«Un grand froid nous aiderait à tuer la vermine!» Entend-on ça et là, en bout de parcelles.Profitant de ces conditions exceptionnellement clémentes, nos petites brouettes permettant le brûlage de nos sarments sont vite remisées. *1 Après cette douceur inhabituelle, nous espérions un grand froid salvateur.Cette froidure nous aurait permis de «reprendre» nos sols et aurait aussi et surtout assuré un cycle végétatif lent, si précieux au développement de nos petites vignes.Il n’en fut rien, Dame nature en décida autrement…Est-ce bientôt le printemps? Le rythme s’accélère, la terre prend son expiration.Dans ce contexte, le débourrement devrait vite arriver, pense-t-on alors… Mais ce frémissement de végétation est contrarié par un mois de mars très frais. Début avril, les premières «bourres» sont observées en Chapelle, le temps se radoucit enfin mais s’accompagne de pluies de plus en plus fréquentes. Nous verrons à nos dépens que ces circonstances aussi imprévisibles qu’insolites préfigureront hélas la suite des événements…Les fenêtres météo pour l’accomplissement du labour sont maigres.A partir du milieu du mois d’avril, le ciel s’illumine, la bise du Nord souffle avec une rare énergie!Prestement, nos cavaliers mènent avec agilité leurs chevaux mécaniques harnachés d’outils aratoires à l’assaut des herbes très envahissantes… Les vigneronnes terminent le pliage des baguettes et les fantassins quant à eux, munis de raclettes*2 donnent le coup de grâce aux dernières adventices revêches…Tout semble enfin aller pour le mieux, jusqu’à ce funeste matin du mercredi 27 avril où nos espoirs les plus suaves se transforment en amère chimère…Avec beaucoup de tristesse, la famille, l’escouade du domaine et la grande communauté vigneronne,s’assemble impuissante pour constater l’ampleur des dégâts.Quelle désolation! Nos trois parcelles de Chambertin semblent les plus meurtries, les jeunes pampres noircissent, flétrissent et commencent à tomber.Les Latricières et les Chapelle paraissent moins atteintes et les premiers crus et les Gevrey se montrent un peu plus épargnés.

Un malheur n’arrive jamais seul… et les pluies incessantes qui s’abattent alors sur le vignoble perturbent très fortement la réalisation de nos premiers traitements et de nos préparats biodynamiques.Aussi, sur le front du mildiou, comme nous pouvions nous y attendre, la menace s’accentue et devient de plus en plus pressante*2.Doit-on voir là, la conséquence pernicieuse et induite du gel sur l’ensemble des vignes du domaine?Sans doute, et nous le constaterons amèrement par la suite.Au domaine nous resserrons les rangs et les cadences.L’état des sols ne nous permet pas de rentrer dans les parcelles, qu’à cela ne tienne! :A quatre reprises, nous traitons à pied l’ensemble du domaine.Sans relâche, dans un ballet parfaitement ordonné, dimanche et fêtes carillonnées, le travail des vigneronsest remarquable mais harassant.Qu’ils soient ici remerciés des efforts incommensurables fournis.Année déconcertante, le mildiou se montre curieusement plus discret qu’à son habitude et nous eûmes la cuisante surprise de le voir porter son estocade directement sur les premières fleurs alors que nous avions presque oublié son existence tant nous étions sûrs de l’efficacité de notre lutte…La floraison débute timidement autour du 10 juin et s’étale sur près de quinze jours, nous faisant craindre unegrande disparité de maturité au moment des vendanges. Nous ne le constaterons cependant pas tant les mois qui suivirent furent propices à la maturité parfaite de nos raisins.A ce stade et dans ce contexte, nous persévérons à penser que tous les efforts fournis portent intrinsèquement la clé de la réussite de ce millésime hors-norme.Fin juin, la menace des pluies s’éloigne peu à peu et après les presque 500 mm d’eau du début de saison,nous allons connaître un revirement de situation incroyable.La côte est baignée d’un soleil magnifique et à partir du 10 juillet une bise du Nord fera bruisser les feuilles de nos belles vignes jusqu’aux vendanges et au-delà.Cependant, il fait chaud mais le spectre de la sécheresse est vite écarté par de petites pluies bienfaitrices qui arrosent nos lieux autour du 15 août puis autour du 18 septembre.La vigne pousse à plein régime et les premières baies commencent à «vérer» à partir du 15 août .Ces conditions idéales nous font vite oublier notre éprouvant début de saison.Jeudi 22 septembre: veille des vendanges.Sereins et confiants, nous nous apprêtons à recevoir ce magnifique don de la nature. Les raisins aux peaux très épaisses et au parfait état sanitaire arrivent en cuverie.Ils sont riches en sucres, concentrés en tanins délicats et soyeux.Après le tumulte des vendanges, vient le temps de l’accompagnement, de la vinification.Ce temps fort est rythmé par l’action mais empreint également de respect, de silence et d’introspection.Contemplatif de l’oeuvre de la nature, le vigneron en conscience aide à la naissance du vin, il assiste à cette transmutation presque magique: les moûts se colorent, fermentent et livrent leurs premiers arômes enivrants. Aujourd’hui, ce millésime 2016 force l’admiration de nombreux dégustateurs.Pour les vignerons, son évocation, magnifiée par la complexité de son commencement, les émeut.Nous vous invitons à venir découvrir ce rare millésime au domaine.

“Arare d’où vient le mot « Ars » signifie cultiver la terre.Cultiver la terre c’est l’ensemencer dans l’espérance d’une récolte, c’est travailler pour la vie, c’est un art de vivre. C’est s’exprimer en vue d’une communication avec les autres.”

*1 depuis 2016, dans un souci écologique, nous ramassons le bois de sarment pour l’utiliser dans une chaudière spécialement calibrée. *2 petite pioche à lame droite *3 à ce moment là, de nombreux vignerons bio perdent espoir et auront recours aux traitements systémiques, il ne convientpas ici de les blâmer mais ce fut à mon sens inutile car ce «lourd arsenal» fut utilisé trop tardivement… Le domaine est en bio depuis 1996 et l’idée d’un tel revirement ne nous a pas même effleuré l’esprit…

André Gence: L’art, création de l’homme.

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