2004

Terriblement bourguignons!

Naissance du vin
Instant unique, moment magique et rare, le vin naît sous le signe des temps, temps qu’il fait ou qu’il a fait, temps qui passe et temps de la séparation.
La première de ces séparations est insondable, impalpable. Elle rend, aurait dit Colette, intelligible la sève de nos terroirs. C’est le moment où la vigne prélève de son sol toute sa substance.
La deuxième séparation est la vendange. Temps fort où la grappe gorgée du climat du millésime qui l’a vu naître, quitte sa vigne nourricière.
Le raisin fermente, il lui faut quitter son enveloppe charnelle pour se transmuter en vin.
C’est le décuvage tant attendu, véritable acte de naissance.
Le vin est maintenant dans son fût, il se transforme, sa mise en bouteille est proche, il quitte alors cette « pièce » pour rejoindre son ultime flacon.
Sur ce chemin des « temps », le vigneron veille.
Il accompagne la naissance du vin et l’aide à s’affirmer.
JLT

Nos 2004, terriblement bourguignons, sont liés à leurs terroirs d’origine, mais ils sont aussi et surtout le reflet du temps de leur longue gestation. Issu de conditions climatiques parfois chaotiques, mais finalement très heureuses, septembre fait le vin ! Ce millésime démontre de façon flamboyante que la compétence de tous et la fierté du bel ouvrage permettent aux vignes d’exprimer le meilleur d’elles-mêmes !
Après la chaleur vécue en 2003, nos craintes, sans doute nourries par des lectures récentes 1, bien que diffusent, restaient nombreuses. Le ciel allait-il faire mentir l’adage selon lequel les années se suivent et ne se ressemblent pas!
Non décidément, ce n’est pas du soleil qu’il fallait nous méfier en 2004, mais d’un adversaire plus sournois, plus perfide que jamais: l’oïdium. Heureusement, puissamment aidés par notre geste bio-dynamique, nous avons soutenu la vigne dans son combat. Mais pour le moins, ce 2004 ne fut pas de tout repos.
Après la canicule, nous espérions la pluie. Dame nature sut répondre à nos désirs les plus insensés, dès le mois d’octobre, les cumuls de précipitations sont (enfin !) supérieurs aux normales, de quoi refaire le plein ! Malheureusement, février voit le retour d’un temps plus sec, ce qui pourtant facilitenotre travail, la taille d’hiver de la vigne occupe nos courageux vignerons qui savent se réchauffer, autour d’un feu de sarment et de «queulles». Cette froidure dure jusqu’à la mi-mars, date à laquelle nous terminons la taille.
Est-ce bientôt le printemps? le rythme s’accélère, la terre prend son expiration, mais ne nous laisse pas le temps de souffler, il nous faut tout à la fois attacher les baguettes et terminer le travail de labour et de reprise des sols. La douceur nous surprend et dès la fin mars, excite les bourgeons. Mais la bise est là pour refroidir les assauts du renouveau. Durant les trois premières semaines d’avril, la vigne n’évolue guère et ce n’est qu’à la fin du mois, consécutivement à une hausse marquée des températures que nous voyons apparaître les premiers bourgeons. La croissance végétative s’accélère, mais reste à un niveau comparable à 2001 ou 2002.
Nous observons les premières fleurs dès le 5 juin, mais nous constatons aussi l’installation d’un hôte aussi discret qu’indésirable, l’oïdium. Nous avions presque oublié son existence, sa dernière grande apparition datait de 98 et 91.
Nous savons le parasite malin, nous savons aussi que sa ruse est décuplée par les grandes variations de températures diurnes, nocturnes que nous connaissons alors. Notre vigilance est maximale. En ordre de bataille, l’équipe sait ce qu’elle a à faire, chacun relève ses manches: les fantassins relèvent rapidement et effeuillent partiellement de façon à bien aérer ces petites grappes encore bien trop jeunes pour se défendre, les cavaliers prodiguent dès soins toujours plus pressants, de la valériane, du soufre, du lithotame, de la silice. Rien ne sera trop beau pour aider nos vignes. Jours après jours nous suivons l’évolution de la situation. Cette acharnement nous rendra finalement victorieux et début août, le spectre de l’infâme «incinula necator» s’éloigne enfin. Le mois d’août est plutôt maussade, donnant lieu à quelques orages de grêle qui n’affectent heureusement pas nos vignes. Les premières baies commencent à «verer» le 10 août .
Dés lors, toutes les vignes sont passées en revue pour un ultime éclaircissage. La poursuite de conditions plutôt humides aurait pu favoriser l’apparition de la pourriture grise mais il n’en fut rien car un anticyclone inespéré et salvateur s’installe le 1er septembre pour durer jusqu’aux vendanges. Sereins et confiants nous nous apprêtons à recevoir ce magnifique don de la nature.Les raisins arrivent à la cuverie. Ils sont sains, riches en sucres et concentrés en tanins. Dès les premières dégustations, les tanins des pellicules nous semblent vraiment soyeux et mûrs. Nous restons néanmoins très vigilants, car les températures au moment de la récolte sont très élevées, dépassant parfois 25°C. Des mesures de refroidissement sont alors nécessaires. Après le tumulte des vendanges, viennent les vinifications. Les moûts fermentent régulièrement, la couleur et les arômes se livrent sans trop de résistance.
Aujourd’hui, ces vins en bouteilles, forcent l’admiration. Le dernier exemple date du mois dernier où un chroniqueur, connaisseur de surcroît (ce n’est pas forcement toujours le cas) sans doute pris par un élan lyrique, nous confesse et s’interroge: est-il possible qu’un 2004 soit plus grand qu’un 2005? Question de style…

1 Jean-Marie Pelt, Emmanuel Leroy-Ladurie Histoire humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers XIIIe – XVIIIe siècles

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